LA VIGNE DU SEIGNEUR (Is 5)

Lectio Divina thématique


Is 5 – "La Vigne du Seigneur"


Les premiers chapitres du Livre d'Isaïe sont l'expression du coeur blessé du Seigneur par l'infidélité du peuple qu'il a choisi et qu'il aime. Comment le Seigneur pourrait-il toucher le cœur de ce peuple ; celui-ci est en effet si endurci qu'il n'est même plus capable de tirer les leçons des malheurs passés ?

Le Seigneur change de langage. Du jugement, il passe à la complainte, à la lamentation. Cette lamentation n’est pas d’abord celle du peuple éprouvé, mais celle de Dieu dont l’amour est blessé par les infidélités des hommes. 

Devant le péché des hommes, la Révélation dévoile des merveilles : le cœur de Dieu qui est passionné par les hommes.


Enfin, c’est la révélation de la confiance qui est faite par le Seigneur à l’homme, chargé désormais de porter le fruit de la Vigne.


RÉFÉRENCES BIBLIQUES À LIRE ET À PRIER :


Is 5, 1 – 7                   Is 3, 9 – 15                 Is 27, 2 – 6
 

Os 2, 14 – 25               Os 14, 2 – 9
 

Ps 80, 1 – 20                Jr 2, 21                     Si 24, 12 – 22

 

 

Mt 21, 33 – 41              Jn 15, 1 – 17              Mt 20, 1 – 16
 

Mt 21, 28 – 31


Is 5, 1 – 7



TEXTES DE MÉDITATION :

On n'est pas obligé de tout lire. Ces textes de méditation peuvent être lus à différents moments de la journée, après les deux premières lectures des références bibliques.

 

Saint BASILE de CÉSARÉE : Le Seigneur ne cesse de comparer les âmes humaines à des vignes : « Mon bien-aimé avait une vigne sur un coteau, en un lieu fertile » (Is 5,1) ; « J'ai planté une vigne, je l'ai entourée d'une haie » (cf Mt 21,33). Ce sont évidemment les âmes humaines que Jésus appelle sa vigne, elles qu'il a entourées, comme d'une clôture, de la sécurité que donnent ses commandements et de la garde de ses anges, car « l'ange du Seigneur campera autour de ceux qui le craignent » (Ps 33,8). Ensuite il a planté autour de nous une sorte de palissade en établissant dans l'Église, « premièrement des apôtres, deuxièmement des prophètes, troisièmement ceux qui sont chargés d'enseigner » (1Co 12,28). En outre, par les exemples des saints hommes d'autrefois, Dieu élève nos pensées sans les laisser tomber à terre où elles mériteraient d'être foulées aux pieds. Il veut que les embrassements de la charité, comme les vrilles d'une vigne, nous attachent à notre prochain et nous fassent reposer sur lui. Ainsi gardant constamment notre élan vers le ciel, nous nous élèverons comme des vignes grimpantes, jusqu'aux plus hautes cimes.

 Il nous demande encore de consentir à être sarclés. Or une âme est sarclée quand elle écarte d'elle les soucis du monde qui sont un fardeau pour nos cœurs. Ainsi celui qui écarte de lui-même l'amour charnel et l'attachement aux richesses ou qui tient pour détestable et méprisable la passion pour cette misérable gloriole a pour ainsi dire été sarclé, et il respire de nouveau, débarrassé du fardeau inutile des soucis de ce monde.

 Mais, pour rester dans la ligne de la parabole, il ne faut pas que nous produisions seulement du bois, c'est-à-dire vivre avec ostentation, ni rechercher la louange de ceux du dehors. Il nous faut porter du fruit en réservant nos œuvres pour les montrer au vrai vigneron (Jn 15,1). 

 

 

Richard ROLLE : Le Christ en croix appelle à grands cris. Il offre la paix, il s'adresse à toi, désireux de te voir embrasser l'amour : Considère ceci, bien-aimé ! Moi le Créateur sans limite, j'ai épousé la chair pour être capable de naître d'une femme. Moi, Dieu, je me suis présenté aux pauvres comme leur compagnon. C'est une mère humble que j'ai choisie. C'est avec les publicains que j'ai mangé. Les pécheurs ne m'ont pas inspiré d'aversion. Les persécuteurs, je les ai supportés. J'ai fait l'expérience des fouets, et c'est « jusqu'à la mort de la croix que je me suis abaissé » (Ph 2,8). « Qu'aurais-je dû faire que je n'aie fait ? » (Is 5,4) J'ai ouvert mon côté à la lance. Mes mains et mes pieds, je les ai laissé transpercer. Ma chair ensanglantée, pourquoi ne la regardes-tu pas ? Ma tête inclinée (Jn 19,30), comment n'y prêtes-tu nulle attention ? J'ai accepté d'être compté au nombre des condamnés, et voici que, submergé de souffrances, je meurs pour toi, afin que toi, tu vives pour moi. Si tu ne fais pas grand cas de toi-même, si tu ne cherches pas à te tirer des filets de la mort, repens-toi, du moins à présent, à cause de moi qui ai répandu pour toi le baume tellement précieux de mon propre sang. Regarde-moi sur le point de mourir, et arrête-toi sur la pente du péché. Oui, cesse de pécher : tu m'as coûté si cher !
Pour toi je me suis incarné, pour toi aussi je suis né, pour toi je me suis soumis à la Loi, pour toi j'ai été baptisé, accablé d'opprobres, saisi, garrotté, couvert de crachats, moqué, flagellé, blessé, cloué à la croix, abreuvé de vinaigre, et enfin pour toi immolé. Mon côté est ouvert : saisis mon coeur. Accours, enlace mon cou : je t'offre mon baiser. Je t'ai acquis comme ma part d'héritage, en sorte que nul autre ne t'ait en sa possession. Remets-toi tout entier à moi qui me suis tout entier livré pour toi. 



  
Benoît XVI (5 octobre 2008) : La première Lecture, tirée du livre du prophète Isaïe, tout comme la page de l'Evangile selon Matthieu, proposent une image allégorique suggestive de l'Ecriture Sainte: l'image de la vigne. La péricope initiale du récit évangélique fait référence au «cantique de la vigne» que nous trouvons dans Isaïe. Il s'agit d'un chant situé dans le contexte automnal de la vendange: un petit chef-d'œuvre de la poésie juive, qui devait être très familier aux auditeurs de Jésus et à partir duquel, ainsi qu'à partir d'autres références des prophètes (cf. Os 10, 1; Jr 2, 21; Ez 17, 3-10; 19, 10-14; Ps79, 9-17), on comprenait bien que la vigne désignait Israël. A sa vigne, au peuple qu'il s'est choisi, Dieu réserve les mêmes soins qu'un époux fidèle prodigue à son épouse (cf. Ez 16, 1-14; Ep 5, 25-33).

 

L'image de la vigne, avec celle des noces, décrit donc le projet divin du salut, et se présente comme une allégorie touchante de l'alliance de Dieu avec son peuple. Dans l'Evangile, Jésus reprend le cantique d'Isaïe, mais l'adapte à ses auditeurs et à la nouvelle heure de l'histoire du salut. L'accent n'est pas tant mis sur la vigne que sur les vignerons, auxquels les «serviteurs» du maître demandent, en son nom, le loyer du terrain. Mais les serviteurs sont maltraités et même tués. Comment ne pas penser aux épreuves du peuple élu et au sort réservé aux prophètes envoyés par Dieu? A la fin, le propriétaire de la vigne fait une dernière tentative: il envoie son propre fils, convaincu que lui, au moins, ils l'écouteront. C'est le contraire qui arrive: les vignerons le tuent justement parce qu'il est le fils, autrement dit l'héritier, convaincus de pouvoir ainsi prendre facilement possession de la vigne. Nous assistons donc à un saut de qualité par rapport à l'accusation de violation de la justice sociale, telle qu'elle émerge du cantique d'Isaïe. Nous voyons clairement ici comment le mépris pour l'ordre donné par le maître se transforme en mépris envers lui: ce n'est pas la simple désobéissance à un précepte divin, c'est le véritable rejet de Dieu: apparaît le mystère de la Croix.

Ce que dénonce la page évangélique interpelle notre manière de penser et d'agir. Elle n'évoque pas seulement l'«heure» du Christ, du mystère de la Croix à ce moment-là, mais aussi celui de la présence de la Croix dans tous les temps. Elle interpelle, d'une manière particulière, les peuples qui ont reçu l'annonce de l'Evangile. Si nous regardons l'histoire, nous sommes obligés de noter assez fréquemment la froideur et la rébellion de chrétiens incohérents. Suite à cela, Dieu, même s'il ne manque jamais à sa promesse de salut, a souvent dû recourir au châtiment. On pense spontanément, dans ce contexte, à la première annonce de l'Evangile, de laquelle surgiront des communautés chrétiennes d'abord fleurissantes, qui ont ensuite disparu et ne sont plus rappelées aujourd'hui que dans les livres d'histoire. Ne pourrait-il pas advenir de même à notre époque? Des nations un temps riches de foi et de vocations perdent désormais leur identité propre, sous l'influence délétère et destructive d'une certaine culture moderne. On y trouve celui qui, ayant décidé que «Dieu est mort», se déclare «dieu» lui-même, et se considère le seul artisan de son propre destin, le propriétaire absolu du monde.

Mais les paroles de Jésus contiennent une promesse : la vigne ne sera pas détruite. Alors qu'il abandonne à leur destin les vignerons infidèles, le maître ne se détache pas de sa vigne et la confie à d'autres serviteurs fidèles. Ceci indique que, si dans certaines régions la foi s'affaiblit jusqu'à s'éteindre, il y aura toujours d'autres peuples prêts à l'accueillir. C'est justement pour cela que Jésus, alors qu'il cite le Psaume 117 [118] : «La pierre qu'ont rejetée les bâtisseurs est devenue la tête de l'angle» (v.22), assure que sa mort ne sera pas la défaite de Dieu. Une fois tué, Il ne restera pas dans la tombe, au contraire, et celle qui semblait justement être une défaite totale, marquera le début d'une nouvelle victoire. A sa passion douloureuse et à sa mort sur la croix succédera la gloire de sa résurrection. La vigne continuera alors à produire du raisin et sera louée par le maître «à d'autres vignerons, qui lui en livreront les fruits en leur temps» (Mt 21, 41).

L'image de la vigne, avec ses implications morales, doctrinales et spirituelles, reviendra dans le discours de la Dernière Cène, lorsque, prenant congé des Apôtres, le Seigneur dira: «Je suis la vigne véritable et mon Père est le vigneron. Tout sarment en moi qui ne porte pas de fruit, il l'enlève, et tout sarment qui porte du fruit, il l'émonde, pour qu'il porte encore plus de fruit» (Jn 15, 1-2). A partir de l'événement pascal, l'histoire du salut connaîtra donc un tournant décisif, et en seront protagonistes ces «autres vignerons» qui, greffés comme bourgeons choisis sur le Christ, véritable vigne, porteront des fruits abondants de vie éternelle (cf. Prière lors de la Collecte). Nous faisons partie, nous aussi, de ces «vignerons», greffés au Christ qui veut devenir lui-même la «vraie vigne». Prions pour que le Seigneur, qui nous donne son sang et qui se donne Lui-même dans l'Eucharistie, nous aide à «porter du fruit» pour la vie éternelle et pour notre temps.

Quand Dieu parle, il sollicite toujours une réponse; son action salvifique requiert la coopération humaine; son amour attend quelque chose en retour. Que ne se réalise jamais, chers frères et sœurs, ce que dit le texte biblique à propos de la vigne: «Il attendait de beaux raisins: elle donna des raisins sauvages» (cf. Is 5, 2). Seule la Parole de Dieu peut changer profondément le cœur de l'homme, et il est alors important que chaque croyant et chaque communauté entrent dans une intimité toujours plus grande avec elle. Se nourrir de la Parole de Dieu est pour l'Eglise le devoir premier et fondamental. En effet, si l'annonce de l'Evangile constitue sa raison d'être et sa mission, il est indispensable que l'Eglise connaisse et vive ce qu'elle annonce, afin que sa prédication soit crédible, en dépit des faiblesses et des pauvretés des hommes qui la composent. Nous savons, en outre, que l'annonce de la Parole, à l'école du Christ, a pour contenu le Royaume de Dieu (cf. Mc 1, 14-15), mais le Royaume de Dieu est la personne même de Jésus, qui à travers  ses paroles et ses œuvres offre le salut aux hommes de tous les temps. A cet égard, la considération de saint Jérôme est intéressante: «Celui qui ne connaît pas les Ecritures, ne connaît pas la puissance de Dieu ni sa sagesse. Ignorer les Ecritures signifie ignorer le Christ» (Prologue au commentaire du prophète Isaïe: PL 24, 17).

En cette Année paulinienne, nous entendrons résonner avec une urgence particulière le cri de l'apôtre des nations: «Oui, malheur à moi si je n'annonçais pas l'Evangile» (1 Co 9, 16); un cri qui pour chaque chrétien devient une invitation insistante à se mettre au service du Christ. «La moisson est abondante» (Mt 9, 37), répète également aujourd'hui le Divin Maître: nombreux sont ceux qui ne L'ont pas encore rencontré et qui sont dans l'attente de la première annonce de son Evangile; d'autres, tout en ayant reçu une formation chrétienne, se sont affaiblis dans l'enthousiasme et gardent un contact seulement superficiel avec la Parole de Dieu; d'autres encore se sont éloignés de la pratique de la foi et ont besoin d'une nouvelle évangélisation. Enfin, les personnes aux sentiments droits qui se posent des questions essentielles sur le sens de la vie et de la mort, questions auxquelles seul le Christ peut donner des réponses satisfaisantes ne manquent pas. Il devient alors indispensable pour les chrétiens de tous les continents d'être prêts à répondre à quiconque demande raison de l'espérance qui est en eux (cf. 1 P 3, 15), annonçant avec joie la Parole de Dieu et vivant l'Evangile sans aucun compromis.

 


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