LA CONVERSION DE PAUL (Ac 9)

Lectio Divina thématique


La Conversion de Paul


Un fait unique,
un don éclatant,
une lumière aveuglante,
un changement complet de perspective,
une intelligence de la foi qu’il refusait et combattait : telle est la conversion de Saint Paul. 

L’événement du Chemin de Damas révèle à Paul Jésus, l’homme qu’il veut atteindre et qu’il persécute. 
La rencontre avec Jésus ressuscité révèle à Paul la communion des disciples avec le Seigneur. 


Ce Jésus qui l’appelle, le transforme, l’unit à Lui pour vivre avec Lui, comme Lui, en Dieu Tout-Puissant.
 

  Le Christ lui est apparu, à lui, le dernier, le moindre des Apôtres,
lui, le persécuteur,
lui dont il fait son témoin à la face du monde.

La doctrine de Paul est à la mesure de la lumière qu’il a reçue, de l’appel qu’il a entendu, de la mission qu’il reçoit, de la souffrance qu’il vit, de la Gloire qu’il porte en lui et qu’il rend à Dieu.



RÉFÉRENCES BIBLIQUES À LIRE ET À PRIER :


A.     Ac 9, 1 - 30                  Ac 22, 1 - 29                 Mc 16, 15 - 18

        Ac 7, 55  à  8, 4         Ac 26, 1 - 32

 

 

B.      Ga 1, 11 - 24              Is 49, 1- 6

        Jr 1, 4 - 10                2 M 3 , 24 - 34

 

 

 C.     1 Co 15, 1 - 11          1 Tm 1, 12 - 17            Ph 3, 1  à  4, 1

 




TEXTES DE MÉDITATION :

Ces textes de méditation peuvent être lus à différents moments de la journée, après les deux premières lectures des références bibliques. Vous pouvez très bien n'en lire qu'un, ou qu'une partie.

 

Saint JEAN CHRYSOSTOME : Qu'est-ce que l'homme? Quelle est la noblesse de notre nature? De quelle vertu est capable cette créature vivante? Paul nous l'a montré mieux que n'importe qui. Chaque jour, il montait plus haut, il était animé d'un nouveau courage contre les dangers qui s'élevaient contre lui. Il le disait clairement : Oubliant ce qui est en arrière, et tendu vers l'avant. Alors qu'il s'attendait à la mort, il appelait à partager cette joie : Soyez joyeux et réjouissez-vous avec moi. Exposé aux dangers,aux insultes, et à toute sort d'humiliations, il exulte encore et il écrit aux Corinthiens : C'est pourquoi j'accepte de grand coeur les faiblesses, les insultes, les persécutions. Il appelait cela les armes de la justice et montrait qu'il en recueillait le plus grand fruit. Il échappait de toutes parts à ses ennemis. Accablé de coups, d'insultes, d'outrages, il célébrait une sorte de triomphe continuel partout il érigeait des trophées, il s'en glorifiait et il en rendait grâce à Dieu, en disant: Rendons grâce à Dieu qui nous emmène en tout temps dans son triomphe. Il recherchait la honte et les insultes que lui valait sa prédication, plus que nous ne recherchons les honneurs; la mort, plus que nous la vie; la pauvreté, plus que nous la richesse ; les labeurs, plus que d'autres le repos. Une seule chose lui paraissait à redouter et à fuir: offenser Dieu, et rien d'autre. De même rien ne lui paraissait à désirer que de plaire à Dieu. Ce qu'il tenait pour supérieur à tout, c'était l'amour du Christ; avec cela, il estimait qu'il était le plus heureux des hommes. En dehors de cela, il ne souhaitait d'être ni parmi les souverains, ni parmi les chefs, ni parmi les autorités; mais il préférait être parmi les derniers et même au nombre des condamnés avec cet amour, plutôt que, en dehors de lui, parmi les hommes haut placés et couverts d'honneurs. Il n'y avait pour lui qu'un seul supplice: perdre cet amour. Pour lui c'était la géhenne, le châtiment, un malheur infini. En revanche, jouir de cet amour, c'était pour lui posséder la vie, le monde, son bon ange, le présent et l'avenir, la royauté, la promesse, le bonheur infini. Tout ce qui peut nous arriver ici-bas, en dehors de cela, il ne le jugeait ni pénible, ni agréable. Il méprisait toutes les choses visibles autant que de l'herbe pourrie. Les tyrans et les peuples pleins de fureur lui semblaient des moucherons; la mort, les châtiments, tous les supplices: des jeux d'enfants, du moment qu'il avait à souffrir pour le Christ.
 
 

BENOÎT XVI (catéchèse du 8 novembre 2006) : La rencontre avec le Christ sur le chemin de Damas a littéralement révolutionné la vie de Paul. Le Christ devint sa raison d'être et la motivation profonde de tout son travail apostolique. Dans ses lettres, après le nom de Dieu, qui apparaît plus de cinq cents fois, le nom qui est mentionné le plus souvent est celui du Christ (trois cent quatre-vingt fois). Il est donc important que nous nous rendions compte à quel point Jésus Christ peut influencer la vie d'un homme et donc également notre vie elle-même. En réalité, Jésus Christ est le sommet de l'histoire salvifique et donc la véritable marque de distinction dans le dialogue avec les autres religions.

En considérant Paul, nous pourrions formuler ainsi l'interrogation de fond : comment se produit la rencontre d'un être humain avec le Christ ? Et en quoi consiste la relation qui en découle ? La réponse donnée par Paul peut être divisée en deux temps. En premier lieu, Paul nous aide à comprendre la valeur absolument fondatrice et irremplaçable de la foi. Voilà ce qu'il écrit dans la Lettre aux Romains : « En effet, nous estimons que l'homme devient juste par la foi, indépendamment des actes prescrits par la loi de Moïse » (3, 28). Et il écrit ainsi dans la Lettre aux Galates : « Cependant nous le savons bien, ce n'est pas en observant la Loi que l'homme devient juste devant Dieu, mais seulement par la foi en Jésus Christ ; c'est pourquoi nous avons cru en Jésus Christ pour devenir des justes par la foi au Christ, mais non par la pratique de la loi de Moïse, car personne ne devient juste en pratiquant la Loi » (2, 16). « Etre justifiés » signifie être rendus justes, c'est-à-dire accueillis par la justice miséricordieuse de Dieu, et entrer en communion avec Lui, et en conséquence, pouvoir établir une relation beaucoup plus authentique avec tous nos frères : et cela sur la base d'un pardon total de nos péchés. Eh bien, de manière tout à fait claire, Paul dit que cette condition de vie ne dépend pas des éventuelles bonnes œuvres, mais d'une pure grâce de Dieu : « Lui qui leur donne [aux hommes] d'être des justes par sa seule grâce, en vertu de la rédemption accomplie dans le Christ Jésus » (Rm 3, 24). 

A travers ces paroles, saint Paul exprime le contenu fondamental de sa conversion, la nouvelle direction de sa vie, qui résulte de sa rencontre avec le Christ Ressuscité. Paul, avant sa conversion, n'avait pas été un homme éloigné de Dieu et de sa Loi. Au contraire, il était observant, d'une observance fidèle jusqu'au fanatisme. A la lumière de la rencontre avec le Christ, il comprit cependant que de cette manière, il avait cherché à se construire lui-même, à construire sa propre justice, et qu'avec toute cette justice, il avait vécu pour lui-même. Il comprit qu'une nouvelle orientation de sa vie était absolument nécessaire. Et nous trouvons cette nouvelle orientation exprimée dans ces paroles : « Ma vie aujourd'hui dans la condition humaine, je la vis dans la foi au Fils de Dieu qui m'a aimé et qui s'est livré pour moi » (Ga 2, 20). Paul ne vit donc plus pour lui, pour sa propre justice. Il vit du Christ et avec le Christ : en se donnant lui-même, non plus en se cherchant et en se construisant lui-même. Telle est la nouvelle justice, la nouvelle orientation donnée par le Seigneur, donnée par la foi. Devant la croix du Christ, expression extrême de son don de soi, personne ne peut s'enorgueillir de sa propre justice faite par lui, pour lui ! Ailleurs, Paul, faisant écho à Jérémie, explicite cette pensée en écrivant : « Celui qui veut s'enorgueillir, qu'il mette son orgueil dans le Seigneur » (1 Co 1, 31 = Jr 9, 22sq); ou bien : « Mais pour moi, que la croix de notre Seigneur Jésus Christ reste mon seul orgueil. Par elle, le monde est à jamais crucifié pour moi, et moi pour le monde » (Ga 6, 14). 

En réfléchissant sur ce que signifie la justification non par les œuvres, mais par la foi, nous en sommes ainsi arrivés à la deuxième composante, qui définit l'identité chrétienne décrite par saint Paul dans sa propre vie. Identité chrétienne, qui se compose précisément de deux éléments : le fait de ne pas se chercher soi-même, mais de se recevoir du Christ, et se donner avec le Christ, et ainsi participer personnellement à l'histoire du Christ lui-même, jusqu'à se plonger en Lui, et partager aussi bien sa mort que sa vie. C'est ce que Paul écrit dans la Lettre aux Romains : « C'est dans sa mort que nous avons été baptisés... nous avons été mis au tombeau avec lui... nous sommes déjà en communion avec lui... De même vous aussi : pensez que vous êtes morts au péché, et vivants pour Dieu en Jésus Christ » (Rm 6, 3.4.5.11). Cette dernière expression, précisément, est symptomatique : en effet, pour Paul, il ne suffit pas de dire que les chrétiens sont des baptisés ou des croyants ; pour lui, il est tout aussi important de dire qu'ils sont « en Jésus Christ » (cf. également Rm 8, 1.2.39; 12, 5; 16, 3.7.10; 1 Co 1, 2.3, etc.). Ailleurs, il inverse les termes et écrit que « le Christ est en nous/vous » (Rm 8, 10; 2 Co 13, 5) ou « en moi » (Gal 2, 20). Cette compénétration mutuelle entre le Christ et le chrétien, caractéristique de l'enseignement de Paul, complète son discours sur la foi. La foi, en effet, bien que nous unissant intimement au Christ, souligne la distinction entre nous et Lui. Mais, selon Paul, la vie du chrétien possède également une composante que nous pourrions appeler « mystique », dans la mesure où elle comporte une identification de notre personne avec le Christ et du Christ avec nous. Dans ce sens, l'Apôtre arrive même à dire que « nous avons largement part aux souffrances du Christ » (2 Co 1, 5), si bien que « partout et toujours, nous subissons dans notre corps la mort de Jésus, afin que la vie de Jésus, elle aussi, soit manifestée dans notre corps » (2 Co 4, 10). 

Nous devons appliquer tout cela à notre vie quotidienne en suivant l'exemple de Paul qui a toujours vécu avec ce grand souffle spirituel. D'une part, la foi doit nous maintenir dans une attitude d'humilité constante face à Dieu, et même d'admiration et de louange à son égard. En effet, ce que nous sommes en tant que chrétiens, nous le devons uniquement à Lui et à sa grâce. Etant donné que rien ni personne ne peut prendre sa place, il faut donc que nous ne rendions à rien d'autre ni à personne d'autre l'hommage que nous Lui rendons. Aucune idole ne doit contaminer notre univers spirituel, autrement, au lieu de jouir de la liberté acquise nous retomberions dans une forme d'esclavage humiliant. D'autre part, notre appartenance radicale au Christ et le fait que « nous sommes en Lui » doit susciter en nous une attitude de confiance totale et de joie immense. En définitive, en effet, nous devons nous exclamer avec saint Paul : « Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? » (Rm 8, 31). Et la réponse est que rien ni personne « ne pourra nous séparer de l'amour de Dieu qui est en Jésus Christ notre Seigneur » (Rm 8, 39). Notre vie chrétienne repose donc sur le roc le plus stable et le plus sûr que l'on puisse imaginer. Et de celui-ci nous tirons toute notre énergie, comme l'écrit précisément l'Apôtre : « Je peux tout supporter avec celui qui me donne la force » (Ph 4, 13).