Nous nous apprêtons, avec le début du Temps de l'Avent, à entrer dans une nouvelle année liturgique. Ce peut être l'occasion, en nous appuyant sur la grâce propre
de ces moments de "commencements" de renouveler ou d'approfondir encore notre dialogue avec le Christ dans la lecture priante et quotidienne de la Parole de Dieu.
Pour accompagner ce début d'une nouvelle année de grâce avec le Christ, nous vous proposons les paragraphes de la dernière exhortation du Saint Père consacrés à la
lectio divina.
La lecture orante de la Sainte Écriture et la ‘Lectio divina’
86. Le Synode a insisté à plusieurs reprises sur l’exigence d’une approche priante du texte sacré comme élément fondamental de la vie spirituelle de tout croyant,
dans les divers ministères et états de vie, en se référant notamment à la Lectio divina. La Parole de Dieu est, en effet, à la base de
toute spiritualité chrétienne authentique. Les Pères synodaux se sont ainsi mis en syntonie avec ce qu’affirme la Constitution dogmatique Dei
Verbum : « Que les fidèles (...) approchent de tout leur cœur le texte sacré lui-même, soit par la sainte liturgie, qui est remplie des paroles divines, soit par une pieuse lecture, soit par
des cours faits pour cela ou par d’autres méthodes qui, avec l’approbation et le soin qu’en prennent les Pasteurs de l’Église, se répandent de manière louable partout de notre temps. Mais la
prière – qu’on se le rappelle – doit accompagner la lecture de la Sainte Écriture ». La réflexion conciliaire entendait reprendre la grande
Tradition patristique qui a toujours recommandé d’approcher l’Écriture en établissant un dialogue avec Dieu. Comme le dit saint Augustin : « Ta prière est ta parole adressée à Dieu. Quand tu lis,
c’est Dieu qui te parle ; quand tu pries, c’est toi qui parles avec Dieu». Ori- gène, l’un des maîtres de cette
lecture de la Bible, soutient que l’intelligence des Écritures demande, plus encore que l’étude, l’intimité avec le Christ et la prière. Il est convaincu, en effet, que la voie privilégiée pour
connaître Dieu est l’amour, et que l’on n’acquiert pas une authentique scientia Christi sans s’éprendre de Lui. Dans la Lettre à Grégoire, le grand théologien d’Alexandrie
recommande: «Applique-toi principalement à la lecture des divines Écritures: applique-toi bien à cela (...) En t’appliquant à les lire avec l’intention de croire et de plaire à Dieu, frappe, dans ta lecture, à la porte de ce qui est fermé, et il t’ouvrira, le portier dont Jésus a dit : “À celui-là le portier ouvre”. En t’ap- pliquant à
cette divine lecture, cherche avec droi- ture et avec une confiance inébranlable en Dieu le sens des divins Écrits, caché au grand nombre. Ne te contente pas de frapper et de chercher, car il est
absolument nécessaire de prier pour comprendre les choses divines. C’est pour nous y exhorter que le Sauveur a dit non seulement : “Frappez et l’on vous ouvrira” et “Cherchez et vous trouverez”,
mais aussi : “Demandez et l’on vous donnera” ».
Toutefois, à ce propos, il faut éviter le risque d’une approche individualiste, en se rappelant que la Parole de Dieu nous est précisément donnée pour
construire la communion, pour nous unir dans la vérité durant notre marche vers Dieu. C’est une Parole qui s’adresse à chacun personnellement, mais c’est aussi une Parole qui construit la com-
munauté, qui construit l’Église. C’est pourquoi le texte sacré doit toujours être abordé dans la communion ecclésiale. En effet, « il est très important d’effectuer une lecture
communautaire (...), car le sujet vivant de l’Écriture Sainte c’est le Peuple de Dieu, c’est l’Église. (...) L’Écriture n’appartient pas au passé, car son sujet, le Peuple de Dieu inspiré par
Dieu lui-même, est toujours le même, et la Parole est donc toujours vivante dans le sujet vivant. C’est pourquoi il est important de lire l’Écriture Sainte et d’entendre l’Écriture Sainte dans la
communion de l’Église, c’est-à-dire avec tous les grands témoins de cette Parole, en commençant par les premiers Pères jusqu’aux saints d’aujourd’hui,
jusqu’au Magistère actuel ».
Par conséquent, dans la lecture orante de l’Écriture Sainte, le lieu privilégié est la liturgie, l’Eucharistie en particulier, durant laquelle, en
célébrant le Corps et le Sang du Christ présent dans le Sacrement, se rend présente parmi nous la Parole elle-même. En un certain sens, la lecture priante, personnelle et communautaire, doit tou-
jours être vécue en relation avec la célébration eucharistique. Comme l’adoration eucharistique prépare, accompagne et continue la célébration eucharistique, de même la lecture priante, per- sonnelle et communautaire, prépare, accompagne et approfondit ce que l’Église célèbre en
proclamant la Parole, dans le cadre liturgique. En mettant en aussi étroite relation Lectio et liturgie, on peut mieux saisir les critères qui doivent guider cette lecture dans le
contexte de la pastorale et de la vie spirituelle du Peuple de Dieu.
87. Dans les documents qui ont préparé et accompagné le Synode, on a parlé de diverses mé- thodes pour approcher avec fruit et dans la foi les Écritures Saintes.
Toutefois, l’attention la plus grande a été portée sur la Lectio divina, qui «est capable d’ouvrir au fidèle le trésor de la Parole de Dieu, et
de provoquer ainsi la rencontre avec le Christ, Parole divine vivante.». Je voudrais rappeler brièvement ici ses
étapes fondamentales : elle s’ouvre par la lecture (lectio) du texte qui pro- voque une question portant sur la connaissance authentique de son contenu: que dit en soi le texte
biblique ? Sans cette étape, le texte risquerait de de- venir seulement un prétexte pour ne jamais sortir de nos pensées. S’en suit la méditation (meditatio) qui pose la question
suivante: que nous dit le texte biblique ? Ici, chacun personnellement, mais aussi en tant que réalité communautaire, doit se laisser toucher et remettre en question, car il ne s’agit
pas de considérer des paroles prononcées dans le passé mais dans le présent. L’on arrive ainsi à la prière (oratio) qui suppose cette autre question : que disons-nous au Seigneur en
réponse à sa Parole? La prière comme requête, intercession, action de grâce et louange, est la première manière par la- quelle la Parole nous transforme. Enfin, la Lectio divina se
termine par la contemplation (contemplatio), au cours de laquelle nous adoptons, comme don de Dieu, le même regard que lui pour juger la réalité, et nous nous demandons: quelle
conversion de l’esprit, du cœur et de la vie le Seigneur nous demande- t-il ? Saint Paul, dans la Lettre aux Romains affirme : «Ne prenez pas pour modèle le monde présent, mais
transformez-vous en renouvelant votre façon de penser pour savoir reconnaître quelle est la volonté de Dieu : ce qui est bon, ce qui est ca- pable de
lui plaire, ce qui est parfait» (12, 2). La contemplation, en effet, tend à créer en nous une vision sapientielle de la réalité, conforme à Dieu, et à former en nous «la pensée du Christ» (1
Co 2, 16). La Parole de Dieu se présente ici comme un critère de discernement : « elle est vivante, (...) énergique et plus coupante qu’une épée à deux tranchants ; elle pénètre au plus
profond de l’âme, jusqu’aux jointures et jusqu’aux moelles ; elle juge des intentions et des pensées du cœur » (He 4, 12). Il est bon, ensuite, de rappeler que la Lectio divina
ne s’achève pas dans sa dynamique tant qu’elle ne débouche pas dans l’action (actio), qui porte l’exis- tence croyante à se faire don pour les autres dans la charité.
Ces étapes se trouvent synthétisées et résu- mées de manière sublime dans la figure de la Mère de Dieu, modèle pour tous les fidèles de l’accueil docile de la
Parole divine. Elle «conservait avec soin toutes ces choses, en les méditant dans son cœur » (Lc 2, 19 ; cf. 2, 51), elle savait trouver le lien profond qui unit les événements,
les faits et les réalités, apparem- ment disjoints, dans le grand dessein de Dieu.
Je voudrais rappeler en outre ce qui a été re- commandé durant le Synode en ce qui concerne l’importance de la lecture personnelle de l’Écri- ture, aussi comme
pratique pénitentielle, qui prévoit la possibilité, selon les dispositions habi- tuelles de l’Église, d’acquérir l’indulgence, pour soi ou pour les
défunts. La pratique de l’indul- gence299 implique la doctrine des mérites infinis du Christ – que
l’Église, comme Ministre de la Rédemption, dispense et applique, mais implique également celle de la communion des saints et nous dit «combien nous sommes unis intime- ment dans le Christ les uns
avec les autres et com- bien la vie surnaturelle de chacun peut bénéficier aux autres».300 Dans cette perspective, la lecture de la Parole de Dieu nous
soutient dans notre iti- néraire de pénitence et de conversion, nous per- met d’approfondir le sens de notre appartenance ecclésiale et nous soutient dans une familiarité plus grande avec Dieu.
Comme l’affirmait saint Ambroise: lorsque nous prenons en main avec foi les Écritures Saintes et les lisons avec l’Église, l’homme revient se promener avec Dieu dans le paradis.
Nous vous souhaitons une très bonne Nouvelle Année liturgique.